“A.O.C ” : L’ÉCLATANT CLAIR-OBSCUR DE XAVIER MERLET

En écoutant “A.O.C”, le nouvel album de Xavier Merlet, une évidence s’impose : méfiez-vous de Xavier Merlet, c’est un drôle d’oiseau… de passage qu’on ne peut pas/plus oublier.

Le genre d’auteur-compositeur-interprète dont les chansons vous touchent car elles sont hélas terriblement authentiques et actuelles. Mais ici pas de refrain pour coller à l’air du temps, ni de texte à faire mouche parce que c’est à la mode. Explications.

 

Cinq ans…. oui il aura fallu attendre aussi longtemps pour découvrir les nouvelles chansons de Xavier Merlet, conseillé artistiquement par Laëtitia Chenoir.

Et il a de la suite dans les idées, le bougre ! Une talentueuse obstination l’incite au fil des ans et des albums à tracer un profond sillon… Son inspiration nourrie des constats de la drôle de société dans laquelle nous (sur)vivons s’enrichit des impressions et réactions de l’artiste-observateur de son époque.

Étrange époque où intolérance, rejet de l’autre, méfiance, racisme semblent devenir les nouveaux repères. Mais attention ! Xavier Merlet n’est pas du tout un “chanteur à messages” qui vous plombe le moral.

Ici on jongle avec bonheur entre humour, autodérision, jeux de mots, et aussi un amour inconditionnel pour la langue française qui permet évidemment des écarts quand l’heure est grave  comme dans “Le Gromo”: “Si tu vois un jour/ Ta liberté se perdre/ Je t’autorise, amour/ A dire “Bordel de merde”.

 

“NOUS SERIONS DONC UN PAYS DE FESSES BLANCHES”

Prenez par exemple “Variété Française”, une des 13 chansons de cet album mise en ligne au printemps dernier avant les élections présidentielles : un clip aussi dépouillé par ses images que percutant par ses paroles ! Mais pas du tout du genre harangueur à monter sur les tribunes et les barricades.

D’où un texte faussement décontracté, sur une mélodie aux accents de balade dont le destinataire est explicitement désigné : “Cette chanson Marine, elle est à toi/ Toi qui ne soufflera pas sur les braises/ De crainte que le feu de l’Auvergnat/ Se mette à réchauffer la soudanaise“.

Dans un autre style musical s’impose évidemment le titre éponyme de ce CD. La chanson “A.O.C” est un p’tit bijou avec son refrain échappé de l’univers d’un Brassens survitaminé qui n’a pas la langue dans sa poche. Au point de se décrire (et de décrire la France) sous tous les angles avec entrain et sans pudeur : “Nous serions donc un pays de fesses blanches/ Et nous prions tous le dimanche / Mais pour aller au fion des choses/ Notez qu’nos trous du cul sont roses”.

Chaque chanson de cet opus est ciselé d’une façon particulière, et si certains thèmes sont récurrents, il n’y a jamais de répétition dans la manière de s’exprimer sans langue de bois comme dans “Un peu de tout ça” quand la vie à deux se transforme en impasse : “Mais au final après vingt ans/Certes, on se supporte, on s’entend. Et on s’emporte pour un rien/ Moi je ne veux pas faire semblant/ Je pense que tu devrais foutre le camp”.

Quant à “Ouille”, c’est un constat d’une évidente lucidité : “Tu dis à l’envi sans répit tu dis qu’ils veulent tous venir ici”. Alors comment réagir face à ces infos qui bousculent nos relations sociales?  “Je sens que tout ça part en couille/Que si on en parle on se brouille/ Entre amis, entre bons voisins”…

Offert en guitares-voix, “A.O.C” est l’album d’un convaincant Terrien qui se fout des frontières, ou plutôt des étiquettes et des drapeaux comme dans “J’ai pas peur” ou bien sa “Chanson en 120 minutes” confrontée à “la chaleur du feu de l’opinion/Des sondages crieurs/ Des mensonges du Front/ du Manque de lecteurs/ Des résumés bidon”.

 

“IL FAUT ALLUMER LA PLANÈTE PLUTÔT QUE LE TÉLÉVISEUR”

Reste ma chanson préférée de l’album “A.O.C” : “La recette du bonheur” avec son texte qui fait du bien sur un entrainant refrain qui monte en crescendo …  “Quand l’Autre me prend dans ses bras/Je vois la vie -ensemble – en rose/Et je lui dis : posons-nous là/ Il faut que toi et moi on ose/ Chanter partout et à tue-tête/Que l’essentiel semble être ailleurs/Qu’il faut allumer la planète/Plutôt que le téléviseur”. 

“Je n’adulterai pas” (2002); “Du point d’vue d’la mouette” (2005); “Clacfric Land” (2009) et “La théorie du gentil” (2012) : plusieurs des précédents albums de Xavier Merlet ont été mis en évidence dans le trimestriel “Chorus, les cahiers de la chanson” ainsi qu’un portrait né de ma rencontre avec Xavier Merlet en octobre 2005, après son concert à l’Essaïon à Paris vécu avec un voisin nommé Pierre Barouh.

Avec ce nouvel album, Xavier Merlet s’affirme plus que jamais fidèle à lui-même. A ses passions et ses convictions qui refusent l’hypocrisie. En 43 minutes et 28 secondes, ses nouvelles chansons sont non seulement très agréables à ÉCOUTER pour l’apparente légèreté qui s’en dégage, mais aussi à ENTENDRE pour qui a envie de prendre le temps d’en savourer le contenu.

D’où le titre d’ “éclatant clair-obscur” accolé à cet article…  car ce nouveau CD a des allures de puzzle aux multiples nuances. Et une fois assemblées, elles vous offrent le portrait d’un auteur-compositeur-interprète poussé par l’envie et le besoin de chanter tout haut ce que trop de gens disent tout bas.

“A.O.C” est assurément un excellent cru à découvrir, à partager, et à consommer sans modération.

 

Albert WEBER, www.planetefrancophone.fr

Xavier Merlet, la guitare au poing

En écoutant A.O.C, on est pris d’une douce nostalgie. Pas celle du « c’était mieux hier ». Plutôt celle des combats de nos pères. Jamais abandonnés. Moins exclusifs. Davantage partagés. La guitare au poing, l’autre main dans celle du voisin, avec A.O.C, Xavier Merlet réussit le tour de force de nous rappeler combien ce label officiel français est tout aussi chilien, soudanais, auvergnat, javanais, portugais, qu’algérien. Terrien.

Dans cette galaxie de la tolérance, la plume de Xavier Merlet n’emprunte pas aux clichés. Jamais. Tantôt drôle (« A.O.C »), tantôt rageuse (« Ouille »), sa « Variété française » se mâtine de swing manouche, de grilles d’accords au plus proche des corps (« Joli cerveau »). Et puisque lui aussi est aujourd’hui père, Xavier Merlet glisse, en track 2, un « Tant pis tant mieux », un brin désabusé, immédiatement relégué par « Le Gromo ». Hymne sublime offert à cette capacité qui nous habite tous d’un jour pouvoir dire « non, pas en mon nom ». Texte magnifique d’amour, de respect et de combativité dédié à ses garçons.

En treize titres, et pour que jamais la nostalgie du « c’était mieux hier » ne l’emporte, A.O.C nous invite à le proclamer : « J’ai pas peur ». Pour que les combats de celles et ceux qui sont à leur tour devenus mères et pères perdurent. Qui sait, la guitare au poing. Toujours, l’autre main dans celle du voisin.

 

Pierre-Yves Bulteau, journaliste indépendant, correspondant pour Mediapart et Mediacités.

Xavier Merlet, la plume grave et la note légère

Xavier Merlet et son guitariste Marc Brébion. | Cie Zany Corneto

Le chanteur herbretais sort son cinquième album, A.O.C. Les textes, subtils et grinçants, contrastent avec des mélodies aériennes et ciselées. Le révolté ne dépose pas les armes.

Ne pas se fier aux premières notes de musique. Et tendre l’oreille. Saisir les jeux de mots, les tournures de phrases. Et aller jusqu’au bout des 13 chansons d’A.O.C (Appellation d’origine contrôlée), sans s’en rendre compte. L’Herbretais Xavier Merlet signe avec ce nouveau disque un véritable sans-faute.

Un disque qu’on peut écouter distraitement, qui peut donner envie de sourire, mais qui sait prendre aux tripes. Xavier Merlet écrit quand « la petite boule de colère » surgit. Comme lorsqu’il entend Nadine Morano asséner que la France est un pays « de race blanche ».

« Comme si on avait un tampon A.O.C pour les blancs ! s’insurge-t-il. L’idée de la chanson – et également titre de l’album – est venue de là. Quand je me remets à l’écriture, que je prends ma guitare, une ou deux phrases viennent avec les notes (il se met à fredonner) : J’ai la fesse droite, d’origine auvergnate… La gauche prend ses racines, dans la terre angevine… La chanson, alors, est bien partie. » On valide !